Le site des prairies St Martin est depuis longtemps à Rennes, entre deux bras de l’Ille, une zone composée de prairies, friches en cours de boisement et de plusieurs hectares de jardins ouvriers où les hommes et la nature évoluent ensemble (pour être honnête, en plus ou moins bons termes suivant les parcelles).
Depuis de nombreux mois, la mairie fait pression sur les jardiniers pour qu’ils quittent les parcelles, et souhaite expulser les derniers occupants d'ici la fin 2013. Suite à l’obligation de faire du site une zone d’extension des crues plus importante qu’actuellement (notamment, semble-t-il, à cause de la construction d’une ZAC à proximité qui empiète sur des terrains ayant eu cette fonction jusqu’ici), la mairie a sorti de son chapeau un projet de « parc naturel urbain » pondu ex-nihilo par une agence paysagiste parisienne… Pas de réflexion sur la conciliation possible entre maintien des jardins (dernière zone de jardins ouvriers en centre ville) et zone d’extension des crues ; les jardiniers « relogés » seront cantonnés sur des zones en périphérie de la ville.
Le collectif « Tous aux prairies », créé il y a quelques mois pour la sauvegarde des jardins sur les prairies, avait appelé à l’occupation des parcelles laissées vides par le départ des anciens locataires poussés par la mairie à quitter les lieux. Un certain nombre de jardins collectifs ont donc été créés ces derniers mois sur ces parcelles…
La mairie, n’appréciant pas beaucoup la contestation de son projet mégalomane (d’un coût de plus de 9 millions d’€), a fait raser ces jardins ce matin, à grand renfort de forces de l’ordre (environ 70 CRS et policiers selon les sources officielles, encore + selon des personnes du collectif « Tous aux prairies »).
Le travail est dégueulasse. Des arbres ont été arrachés et laissés sur place tels quels ; les petites parties de prairie naturelle en friche sur ces parcelles ont été saccagées…
Quel gaspillage de l’argent public et quel mépris pour ceux qui tentent de continuer à mettre de la vie dans cet écrin de verdure en cultivant les terres en accord avec la nature environnante !
J’ai à ce jour recensé près de 80 espèces de papillons sur la zone des jardins, dont deux espèces très rares en Bretagne d’après l’état actuel des connaissances. Preuve si besoin que biodiversité et jardinage, à quelques encablures de l’hypercentre d’une grande ville, peuvent faire bon ménage et que la création d’un « parc naturel urbain » (puisqu’au dire des « experts » de la ville, le site actuel n’a rien de naturel et n’a aucun intérêt en termes de biodiversité) n’est qu’un projet fumeux…